Il s’agit d’une année atypique, que je qualifierai d’année de transition pour SPIE. Après un bon report d’entrée des commandes de 2008, le second semestre 2009 a été plus difficile et contrasté. Il y a eu des projets annulés ou décalés, notamment dans l’industrie, alors que nos activités dans certains secteurs comme l’énergie ont bien progressé. Même contraste sur le plan régional : le Royaume-Uni a beaucoup souffert de la crise financière, tandis que d’autres pays d’Europe ont été relativement épargnés. Dans un contexte macroéconomique dégradé, nos équipes ont dû faire preuve de beaucoup d’initiative et de réactivité pour tenir leurs objectifs de marge. Paradoxalement, je dirai que nous sortons plus forts de cette année difficile, du fait de bonnes mesures d’adaptation et d’une plus grande flexibilité d’organisation. Il faut maintenant passer ce cap, ce sera notre défi en 2010.
Notre Groupe s’en tire plutôt bien, compte tenu d’une rétraction significative des marchés et de fortes tensions sur les prix. L’activité de SPIE en 2009 s’est maintenue à 3,7 milliards d’euros, en léger retrait par rapport à 2008, et le résultat opérationnel a continué de croître en dépit d’un tassement des volumes. Le recul de la croissance organique de près de 3 % a été compensé par une croissance externe entièrement autofinancée. Cela concerne une dizaine d’acquisitions de sociétés en Europe, parmi lesquelles WHS, une entreprise britannique de pointe en installations électriques et instrumentation du secteur de l’énergie. Au final, notre rentabilité atteint 4,9 % du chiffre d’affaires, proche des meilleures performances de notre profession. Par ailleurs, nous avons continué à diminuer la dette nette de SPIE SA, avec un levier d’endettement qui est passé de 3,5 à 3,2, ce qui nous ramène au niveau d’endettement habituel des sociétés qui ne sont pas sous LBO.
En dépit d’un climat récessif en Europe de l’Ouest, 2009 a été marquée dans cette zone par une évolution satisfaisante vers les services à l’environnement. Aux Pays-Bas et en France, nous avons ainsi participé à des projets pilotes de captage de CO2 dans l’industrie. Au Portugal, nous sommes devenus un des premiers acteurs du traitement de l’eau, une activité en hausse de 25 % sur l’année. Au Royaume-Uni, l’application de l’agenda carbone a concerné de nombreuses commandes dans le tertiaire. Plus largement, nous avons contribué à des projets d’envergure en énergies renouvelables : centrales solaires photovoltaïques, bâtiments à énergie positive, ouvrages hydroélectriques, parcs éoliens offshore, production de biomasse, etc. À l’international, où nos activités pétrolières et gazières dépassent les 6 % d’EBIT, nous avons également bénéficié des préoccupations environnementales des opérateurs : cela concerne la diminution du brûlage de gaz, l’efficacité énergétique des plates-formes.
Notre modèle est effectivement bien adapté à cette période d’incertitude, du fait d’un large portefeuille d’activités peu cycliques et peu consommatrices de capitaux. Cependant, il s’agit aussi de faire face à une situation économique fluctuante, caractérisée par un réétalonnage des stratégies clients et par des évolutions notables dans les politiques publiques. Je pense par exemple à la loi française de modernisation économique (LME), qui nous a conduits à revoir notre gestion des achats pour éviter de peser sur notre besoin en fonds de roulement. D’autres actions internes sont également essentielles pour résister à la crise : la qualité des organisations et du management, la sélectivité des offres, la maîtrise des risques et la gestion rigoureuse des frais de structure. Sur tous ces éléments, nous avons engagé une dynamique de progrès et continuerons à être très vigilants, avec des outils de mesure appropriés.
Les difficultés économiques mondiales sont d’abord dues à la défaillance du système de développement, face à un monde aux ressources limitées. Notre planète est en danger, nous ne pouvons attendre davantage sans compromettre la qualité de vie des générations futures. Dans ces conditions, l’économie verte devient incontournable pour ceux qui produisent et gèrent notre cadre de vie. L’économie verte, c’est tout simplement l’intégration de la contrainte carbone dans l’économie, ou encore de la « contrainte ressource ». Or c’est précisément ce vers quoi nous nous dirigeons depuis plusieurs années, en construisant avec nos clients des solutions d’énergie propre ou renouvelable, ou encore en optimisant leur utilisation des ressources, en énergie comme en matières premières. La nouveauté vient d’un marché mondial naissant qui nous demande de faire évoluer nos offres en fonction des problématiques actuelles, d’être force de conseil pour apporter des solutions innovantes, de contribuer à une meilleure prise en compte des normes et réglementations.
Il est difficile d’improviser dans ce domaine. SPIE a adhéré dès 2003 au Global Compact et nous avons été en 2007 la première entreprise en France à recevoir le label SERCE en efficacité énergétique. À côté de la généralisation de notre système de management environnemental, nous développons depuis trois ans le bilan carbone de nos activités. Aujourd’hui, nos efforts se concentrent sur le cycle de la valeur verte, depuis les achats durables et l’amélioration des processus de travail jusqu’à la formation de nos équipes et la prise en compte de l’environnement dans toutes nos activités : éco-gestion du parc de véhicules, recyclage des déchets, diminution des consommations, impression des documents à la demande, etc. L’adéquation de l’offre aux enjeux environnementaux n’est qu’une partie de cet engagement, il s’agit avant tout de porter un regard différent sur nos activités. C’est pour cela que nous avons mis en place de nouveaux indicateurs. Grâce à nos premiers bilans carbone, nous savons par exemple que lorsque SPIE produit un euro de chiffre d’affaires, elle rejette 190 grammes de CO2.
SPIE est fortement enracinée en Europe depuis plus d’un siècle, tout en étant tournée vers l’international à travers ses activités énergétiques. Être indépendants nous permet de rester une société ouverte, stable et résistante, de cultiver nos valeurs de proximité, de responsabilité et de performance, qui forment le socle d’une communauté d’entrepreneurs aux multiples cultures et nationalités. Notre volonté est de poursuivre ce développement avec pragmatisme et détermination, en intégrant le changement considérable que constitue l’émergence d’une nouvelle économie de la ressource. Il faut notamment dissiper le malentendu de la croissance verte : la croissance ne peut que tendre à consommer davantage de ressources naturelles, nos métiers contribueront à développer une économie verte, au sein de laquelle nous trouverons de la croissance.
J’ai toute confiance dans nos équipes pour relever ce défi passionnant. À titre de référence, nous faisons, depuis des années, de la sécurité un enjeu primordial et notre taux d’accidents est l’un des plus faibles de notre profession. L’évolution vers l’économie verte revêt pour nous la même importance cruciale : au-delà des aspects techniques, il s’agit d’aller à la racine des comportements, des habitudes. Cela veut dire que du technicien de chantier jusqu’à l’équipe de direction générale, ce domaine est régulièrement abordé à tous les niveaux de notre organisation. D’ores et déjà, nous avons lancé plusieurs projets ambitieux.
Nos clients sont exactement comme nous : ils regardent avec réalisme ce qui se passe autour d’eux, ils tentent de concilier les impératifs de rentabilité avec les enjeux du développement durable. Dans le monde actuel, nous savons tous que la performance est nécessaire, mais pas suffisante : il faut donner du sens à notre action, être partie prenante d’une mutation économique et sociale qu’il serait vain d’ignorer ou de contourner. Notre ambition est de partager avec eux cette dynamique d’entreprise, en contribuant par nos expertises à la qualité de leurs projets. Nous avons la chance d’être proches de leurs métiers, il nous appartient d’être exemplaires dans nos pratiques et de les accompagner efficacement dans leurs défis énergétiques et environnementaux. C’est ce à quoi nous nous engageons aujourd’hui avec force et conviction, en leur proposant des solutions immédiatement applicables qui s’adressent à tous les secteurs d’activités.